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Lien pour la vue de l’exposition
TRUTH OR CONSEQUENCES
1950. L’émission radiophonique américaine «Truth or Consequences» fête ses dix ans. Pour célébrer l’occasion, son animateur vedette Ralph Edwards offre de réaliser une édition spéciale dans la ville qui accepterait de se rebaptiser du nom de ce très populaire quiz show. Ancien territoire Apache et station thermale posée au bord du Rio Grande, la ville de Hot Springs, au Nouveau Mexique, relève le défi et depuis cette date se nomme Truth or Consequences.

Le point de départ est plutôt arbitraire. Il suffit d’un nom percutant pour envoûter Ronan Guillou, porté par son mystère prometteur. Puis, il y a la ville derrière cet éclat : un désert naturel et humain où les repères se sont égarés. On saisit des interactions fortes entre le photographe et cet environnement, qu’il découvre avec un étonnement précieux. Les contrastes de T or C sont explorés librement, au fil des rencontres, des trouvailles et des récits.

Pour la première fois, Ronan étend son langage artistique au son et au texte. Comme si cette ville-défi demandait des renforts dans la conquête d’une vérité qu’elle invoque de son nom improbable. Le résultat a quelque chose de cinématographique. La temporalité s’étend, moins inscrite dans l’instant que dans l’interrogation d’un devenir. En m’invitant à concevoir l’accrochage de l’exposition avec lui, Ronan Guillou prolongeait le plaisir de l’audace qui l’a accompagnée dans Truth or Consequences. Ensemble, nous nous sommes laissés surprendre. Mon regard jeune, possiblement ingénu et étranger à la ville est venu s’associer et échanger avec le sien – incisif, aguerri, pour le recueillir, le compléter, le questionner. Dans le dialogue qui s’établissait au fil de notre sélection, l’intuition était tout aussi essentielle. L’expérience continuait. Il nous importait d’éviter les pièges inhérents à l’imaginaire étasunien, encore exacerbé par la force métaphorique de l’expression de départ.

Noyées d’emblée dans une vaste plaine sableuse, les citations américaines se font discrètes. Laissées au seuil de l’exposition, elles ouvrent un parcours inattendu parmi les impressions de la ville réécrite. Nous avons mené un travail sensible sur la circulation entre les différents médiums. En se répondant, ils offrent une immersion dans une partition à plusieurs voix : celles des habitants, celle de Ronan, plus tard la mienne et, enfin, celle du regardeur. Les points d’entrée dans cette narration souple et rythmée sont pluriels, lui laissant tout le loisir de se perdre au croisement des mythes et des réalités de ce territoire.
Lily Matras

RONANGUILLOU

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