A la pointe Sud de l’État du Nevada, la ville de Las Vegas est plantée au cœur du désert de Mojave, le plus aride des États-Unis. La capitale mondiale du jeu concentre son identité architecturale dans le périmètre du légendaire Strip. Casinos et palaces furent rapidement les premiers symboles repérables de la ville naissante, devenue incidemment un repère de prostitution et de trafics. Ne pouvant se contenter du jeu et de son image licencieuse, Vegas s’est diversifiée vers des activités plus vertueuses, tout aussi génératrices de profits. Ainsi les dernières décennies ont vu notamment s’ériger des salles de spectacle à forte capacité,des centres permettant d’accueillir des Congrès internationaux. Vegas est désormais un lieu de flux aussi pour les familles et le monde des affaires. Ecrasée de soleil dans un air sec, les besoins de la ville sont importants pour les ensembles climatisés et les multi-distractions énergivores. Autrefois oasis pour les voyageurs, l’eau est au cœur des enjeux. Comme toute mégapole, la ville pourtant riche comporte son lot de contrastes sociaux et de zones d’exclusion.

Une fois quittée l’aire du Strip, la vaste agglomération ressemble à une cité dortoir traversée par d’interminables boulevards, hébergeant ceux qui font la pulsation de Vegas. La démographie grandissante de la ville impose une adaptation permanente en termes d’espaces et de constructions.

Plutôt que de se dresser en hauteur, c’est en s’élargissant dans le bassin désertique de la vallée que la ville s’étend. A force de bulldozers sur chenilles, de pelleteuses et autres engins de terrassement, Las Vegas gagne inlassablement, et le désert perd. Au nord, au sud, à l’est et à l’ouest. Certains tracés qui séparent l’immensité rurale de la zone urbaine sont incisifs, presque tranchants, semant par ailleurs un singulier trouble esthétique dans le paysage. Dans leur phase de progression, d’autres marques laissent augurer de la configuration de l’aménagement futur. L’augmentation exponentielle de la population démontre d’année en année que la bordure rurale visible reculera encore, tant que la ville l’exigera, tant que le désert existera et se laissera mutiler.

Dans la lignée des New Topographics constatant les paysages altérés par l’activité humaine, Bordure Rurale Temporaire observe le phénomène d’expansion inexorable de la civilisation sur la nature dans ce territoire désertique du Nevada, et se pose comme un présage pour les zones non touchées encore.

RONANGUILLOU

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