RONANGUILLOU

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La Guyane est peuplée d’ethnies d’origines amérindiennes et asiatiques, de descendants d’esclaves Africains, de créoles, de métropolitains et de nombreux migrants. En Amérique Latine à plus de 7000km de la métropole, elle est la deuxième plus grande région de France. Construction, exploitation aurifère, pêche, bois et agriculture fondent, avec l’activité spatiale, les principales ressources de la Guyane. Couverte à 98% de forêt équatoriale et bordée par l’Océan Atlantique, le fleuve Oyapock la relie au Brésil, et sa frontière avec le Surinam est définie par le puissant fleuve Maroni. Environ trente mille habitants (10% de la population) vivent sur les berges françaises du Maroni, mesurant quelques 500km. La majorité de ceux vivants sur les rivages du Maroni se considèrent «du fleuve» plutôt qu’appartenant à une nation ou à une entité administrative territoriale. La longue vallée du Maroni juxtapose les problèmatiques environnementales et sociales contemporaines : déforestation pour l’extraction minière et pollution fluviale induite, montées des eaux dues au réchauffement, catastrophes climatiques, trafics et contrebande, crise de l’emploi. Crises sanitaires aussi, liées à une croissance démographique exponentielle, à l’accroissement des zones inondables, aux migrations clandestines massives (Haïti & Surinam majoritairement).

Dans cet ensemble complexe sur fond de nature équatoriale parfois hostile, la société vit et s’active autour du fleuve. La densité des espaces boisés rendant difficile la jonction par la terre entre les communautés qui bordent le Maroni, la navigation fluviale reste la première voie de communication pour la circulation des personnes et l’acheminement de fret de tous genres, pour les trafics de toutes natures.

Véritable lien communautaire, outil séculaire du flux humain et marchand depuis des siècles, une figure joue un rôle central dans l’organisation de la vie riveraine du Maroni : la pirogue. Pour rallier un point proche ou lointain, traverser la frontière, la pirogue traditionnelle, motorisée ou à pagaies, est le véhicule emprunté quotidiennement par des milliers d’usagers pour de multiples activités, légales ou clandestines, apparentant le fleuve à une immense avenue liquide.

Les arbres dans lesquels les pirogues sont creusées restent la matière première idéale de leur construction, les formes variant selon l’usage et la localisation, les essences choisies. Embarcations fiables, elles s’adaptent au fleuve qui compte de nombreux passages périlleux et ressemble parfois à un labyrinthe de rocs et d’eau. Plus ou moins impétueux selon la saison, le Maroni exige des piroguiers Bushinengués précision et expérience. Les Bushinengués descendent des esclaves Noirs-Marrons qui fuirent leur condition au 17ème siècle. Ils héritent d’un savoir-faire séculaire pour la conception et la conduite des bateaux. Pareille à un trait d’union immuable traversant les âges et reliant passé et présent, la pirogue constitue un patrimoine dynamique et indispensable pour la population vivant sur les rivages du Maroni.

Signifiant « L’âme du Fleuve » en langage Bushinengué, Lawa Liba cherche à saisir l’esprit de la vallée du Maroni et de son fleuve frontalier.