Signifiant « L’âme du Fleuve » en langage Bushinengué, Lawa Liba cherche à saisir l’esprit de la vallée du Maroni et de son fleuve, frontalier de la Guyane et du Suriname.
La Guyane est la deuxième plus grande région de France, la seule située en Amérique du Sud. Couverte à 80% de forêt équatoriale et bordée par l’Océan Atlantique, elle est reliée au Brésil par le fleuve Oyapock, et sa frontière avec le Suriname est définie par le fleuve Maroni. Trente mille habitants vivent sur les berges françaises du Maroni, long de quelques 500km.

Les rivages de l’impétueux Maroni sont peuplés majoritairement de Bushinengués, descendants d’esclaves Noirs-Marrons d’origines pluri-ethniques africaines. Afin d’échapper à leurs conditions, aux 17ème/18ème siècles, ceux-ci se réfugiaient dans la forêt amazonienne pour s’établir ensuite au bord du fleuve. Y vivent aussi les communautés chinoises, créoles et métropolitaines, des migrants notamment du Suriname, d’Haïti et du Brésil. Au sud, les populations amérindiennes sont établies dans le Haut-Maroni depuis des millénaires.

Sur fond de climat humide et de nature hostile, de problématiques sociales et environnementales, de trafics de toutes natures dont l’orpaillage clandestin, le fleuve est la clé d’organisation de la société riveraine. Telle une bouillonnante avenue liquide, il reste la première voie de communication entre les communautés. Si la configuration géographique isole, le Maroni relie, bien qu’il soit périlleux à franchir quand il s’agit de remonter à l’amont ou de le descendre. Outil du flux humain et marchand, la pirogue traditionnelle est quant à elle l’organe majeur de socialité sur le Maroni.

2018 • Lawa Liba | 1ère partie
En novembre 2018, lors de ma découverte du Maroni, je nouais quelques liens, identifiais les contraintes logistiques d’un tel séjour, et réalisais le premier opus photographique de Lawa Liba. Initialement, le voyage plaçait la pirogue au cœur du sujet, l’embarcation séculaire comme véhicule principal relevant par ailleurs de l’anachronisme singulier, même si sa motorisation signait son adaptation contemporaine.

Or l’expérience sur place m’incitait à ouvrir le champ de l’étude. Je constatais que dans ce maillage composite où les codes culturels et sociaux s’entrecroisent dans la diversité linguistique, la majorité des riverains se disent « du fleuve », plutôt que reliés à une nation ou à une entité administrative. J’élargissais alors le propos à cette question de l’appartenance, et choisissais de sonder l’âme de la vallée. « Lawa Liba », « L’esprit du fleuve » en Bushinengué, devint le nom du projet.

Puis j’observais l’extraordinaire jeunesse de la population qui, pour moitié, a moins de 25 ans. La vie sur le Maroni peut être rugueuse et inhospitalière, du fait du climat et d’âpres conditions de vies, comme de la situation frontalière avec le Suriname, nation pauvre. Pourtant une jeunesse est là, intensément présente. Quel avenir est-elle en train de s’inventer ?

RONANGUILLOU

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