CIVIS MARITIMUS  Impressions d'île / Deuxième partie - Lesbos, Grèce (texte en fin de page)

CIVIS MARITIMUS  Impressions d'île / Deuxième partie

Lors de mon second séjour méditerranéen pour la suite du projet Civis Maritimus, j’ai travaillé sur l’île de Lesbos, en Grèce, à temps partiel avec une ONG œuvrant au sein d’un centre communautaire qui réunit plusieurs organisations humanitaires. A la frontière orientale de l’Europe et à quelques milles nautiques de la Turquie, les côtes de Lesbos comptent parmi les plus proches et accessibles pour celles et ceux qui ont vécu chez eux des tragédies, et que les conditions de vie ou les régimes politiques de leur pays ont poussé à l’exil. Les chercheurs d’asile sont notamment originaires de Somalie, d’Érythrée, d’Irak et d'Iran, majoritairement d’Afghanistan. Suite à des accords avec l’U.E, ils sont retenus en Turquie d’où ils tentent d’échapper en risquant leur vie à bord d’embarcations rudimentaires, aspirant à une meilleure destinée que l’Europe pourrait offrir.

Nommée Refocus Media Labs (RML), l’ONG que j'ai rejoint sensibilise et forme les réfugié.e.s aux techniques de l’image et du son, alors qu’ils sont en attente de l’obtention de documents administratifs validant leur statut de réfugié et légitimant leur présence en Europe. La photographie et la réalisation vidéo sont aux programmes, aussi la formation au montage. Désormais, ce sont deux jeunes exilé.e.s Afghans, Yaser et Nazanin, issus eux-même de cette formation, qui transmettent leurs acquis, en anglais et dans leur  langue maternelle, sous la direction bienveillante des fondateurs Sonia et Douglas Hermann et du coordinateur Florian. Pendant un mois j’y animais ponctuellement des ateliers, et soutenais les cours dispensés en partageant mes expériences et acquis photographiques. RML donne à celles et ceux qui ont traversé les drames humanitaires la possibilité de documenter les questions migratoires. Récemment Yaser et Nazanin, ont eu un visa permettant d’aller réaliser un reportage sur le conflit Russo-Ukrainien.

Depuis le milieu des années 2010, Lesbos est au cœur des sujets et questionnements sur l’attitude de l’Europe face à ce qui est nommé la crise migratoire. Dans son ouvrage intitulé Lesbos, la honte de l’Europe, Jean Ziegler détaille les causes argumentant un tel titre. Il y dénonce les conditions de détention des réfugiés dans les camps (celui de Moria particulièrement, avant son incendie en 2020) et pointe les dysfonctionnements des pays européens dans la gestion de ladite crise.

Or Lesbos ne saurait être considérée uniquement comme refuge temporaire pour les aspirants à l’exil. Cette terre entourée de la mer Egée, d’une superficie égale à celle d’un grand département français, est aussi lieu de vie pour cent-quinze mille habitants, où le pastoralisme et la culture de l’olivier représentent une partie importante de l’activité. Huile d’olive et feta y sont produites pour être exportées largement. L’île est aussi une région où se dessinent de beaux paysages, riche d’un passé qui la relie à l’ancien Empire Ottoman auquel elle fut longuement rattachée. Lesbos était également le théâtre de certains épisodes mythologiques de la Grèce antique, et le lieu de naissance et de vie de la poétesse Sappho.

Les moments où je ne travaillais pas avec Refocus Media Labs s’employaient à étendre l’observation de la vie insulaire, cherchant la rencontre avec le territoire et avec ceux qui le peuplent.

L’une des volontés du deuxième volet de Civis Maritimus est de se saisir du pouvoir liant de la photographie pour rapprocher les réfugiés au contexte plus général de Lesbos, de tenter de nouer un dialogue qui unirait les demandeurs d’asile à ce territoire qui les accueille temporairement, dont ils ne connaissent qu’une infime partie, étant limités dans leur mobilité et cloisonnés dans leurs espaces.

Un autre aspect du travail à Lesbos est de mettre la lumière sur le Centre communautaire Paréa et à ce qu’il apporte aux réfugiés en quête d’occupations sportives, mentales, de formation et de réconfort pour contrer leur désœuvrement, et de produits de premières nécessité. Les témoignages des demandeurs d’asile, ajoutés à la lecture d’articles et de livres, m’ont fait comprendre l’âpreté de la vie dans leur camp de résidence. J’entendais combien le Centre Paréa sert de soupape psychologique et que son existence permet d’échapper dans la journée à la tension de la vie du camp. J’étais touché par la bienveillance, l’écoute et l’implication des volontaires engagés au sein des ONG pour les accompagner et les soutenir. Je les remercie pour leur confiance et d’avoir accepté de poser dans le cadre de mon projet.