LAS VEGAS TOPOGRAPHICS  / Nevada USA

Le soutien à la photographie documentaire du Centre national des arts plastiques m'a permis de poursuivre en 2019 un projet débuté six ans plus tôt. Il observe les conséquences de l'expansion urbaine de Las Vegas sur le désert de Mojave, mutilé par l'étalement et la construction sans limites, particulièrement à l'ouest de la ville. La tension esthétique qui se dégage des situations observées participe de l'étude, la forme troublant le discours, sans toutefois en diluer le sens.

Lors du séjour dans la vallée en septembre 2019, j'établissais un second constat, cette fois à l'est de la ville. Toujours aux limites de l'urbain et du bassin aride, certains habitants de Las Vegas parsèment le désert d'objets divers, débarras domestiques de tout genre, vestiges de la consommation accumulative, toxiques pour l'écosystème. Comme prophétiques, deux photographies montrant un poulpe et un ours polaire en peluche illustrent le propos. Constitués essentiellement de matière plastique, ces animaux artificiels abandonnés dans la nature préfigurent la menace qui pèse sur la faune réelle au sens large.

Ainsi Las Vegas Topographics se penche sur les bordures est et ouest de la vaste agglomération. La série fusionne deux sujets représentant l'un et l'autre un péril pour la vallée que menacent les grands programmes immobiliers et l'irresponsabilité individuelle.

La photogénie du drame reste une permanence de la recherche. Elle questionne en effet ma position de photographe, alors que je tire parti des ressorts de composition qu'engendrent les réalités observées. Le titre s'inspire des New Topographics, courant photographique né dans les années 1970 qui traite des paysages altérés par l'humain. RG


 

Photographies ©Ronan Guillou