LA MORT AUSSI BRUYANTE QUE LA VIE / projet de publication


[...] Ronan Guillou découvre l’Alaska de son temps. Il rythme la rencontre sur deux ans et quatre voyages d’égale durée, de saison différente. Il concocte, décante, s’y mêle à nouveau, enrichit le mélange jusqu’à obtention de la présente collection.

Les photographies de ses voyages forment un ensemble dissonant, où des duels se défoulent : les saisons font désordre, les paysages jurent, le temps et l’espace exagèrent, la mort est aussi bruyante que la vie, et la vie est tantôt bien silencieuse… La nuit chasse le jour qui fend la nuit, et puis tout devient gris. L’atmosphère est possédée, les humains sont possédés, les objets aussi, tantôt euphoriques et légers, tantôt lourdement fracassants. Ces tensions grotesques disent notre méconnaissance de la dernière frontière étasunienne, étonnamment diverse. L’Alaska queer parade, s’effeuille et s’emmitoufle, se montre sans se dévoiler et préfère jouer avec le photographe – à moins du contraire – entre cache-cache et sept différences.

Ce cosmos d'images réunit librement contraires et contrastes par la simple évidence de leur existence, révélant une éclatante pulsation de vie. C’est précisément la manifestation du pouvoir liant de la photographie, chère à l’école américaine, et de la disponibilité de l’œil et de l’âme de Ronan Guillou, qui offre dans sa lignée de mêler fictions et réalités pour mettre à la page le mythe Walrussia.

D’un geste simple, le photographe nous parle d’un espace, d’un temps, d’une pensée et d’une pratique unis par les paradoxes qui les traversent et font leur beauté. Lily Matras (extrait)

Photographies ©Ronan Guillou