LA MORT AUSSI BRUYANTE QUE LA VIE /


[...] Ronan Guillou découvre l’Alaska de son temps. Il rythme la rencontre sur deux ans et quatre voyages d’égale durée, de saison différente. Il concocte, décante, s’y mêle à nouveau, enrichit le mélange jusqu’à obtention de la présente collection. Les photographies de ses voyages forment un ensemble dissonant, où des duels se défoulent : les saisons font désordre, les paysages jurent, le temps et l’espace exagèrent, la mort est aussi bruyante que la vie, et la vie est tantôt bien silencieuse… La nuit chasse le jour qui fend la nuit, et puis tout devient gris. L’atmosphère est possédée, les humains sont possédés, les objets aussi, tantôt euphoriques et légers, tantôt lourdement fracassants.
Ce cosmos d'images réunit librement contraires et contrastes par la simple évidence de leur existence, révélant une éclatante pulsation de vie. [...]  D’un geste simple, le photographe nous parle d’un espace, d’un temps, d’une pensée et d’une pratique unis par les paradoxes qui les traversent et font leur beauté.

Lily Matras (extrait)

[...] En ce sens, Guillou n’est pas ici un adepte du Road Trip ni des grands espaces, et le présent travail témoigne surtout de l’intimité qu’à chaque étape il réussit à créer, comme s’il rendait visite à la tribu bigarrée et dispersée de ses amis, chaque membre de cette diaspora improbable ignorant les autres, le voyageur constituant le seul lien entre tous ces gens incompatibles qui s’ignorent sans doute. Ainsi, de fil en aiguille, d’une pause à la suivante, d’un bref séjour à l’autre, c’est un journal de bord qui se tisse et s’écrit, un récit zigzagant, disjonctif, sautant du coq à l’âne, mais doté de cette curieuse caractéristique propre à certaines digressions obstinées : l’unité d’un point de vue, d’un tempérament, d’une vision, peu importe le terme, réunit tout ce disparate pour donner forme à un autoportrait masqué. [...]

Brice Matthieussent (extrait)

Photographies ©Ronan Guillou