Depuis Angel jusqu’à La mort aussi bruyante que la vie consacré à l’Alaska, en passant par Country Limit, Ronan Guillou tisse une maille visuelle qui renouvelle avec profondeur et sensibilité la question des marges et de l’entre-lieux sur le territoire américain. Nimbées de renvois à l’histoire de la photographie américaine, ses images convoquent un regard mélancolique qui cherche dans le passé la voie critique du présent et la possibilité d’un avenir. Son travail n’a de cesse de déjouer les clichés liés à un territoire, l’exotisme d’un ailleurs, et transcendent leur sujet.
[…] Les photographies de Ronan Guillou distillent une atmosphère singulière où l’âpreté du réel s’adoucit dans l’épiphanie photographique et la poésie qu’elle provoque, possédant l’admirable capacité à vriller les surfaces de la normalité pour chercher dans le déjà-vu la part de mystère qui demeure.


Héloïse Conésa /  Bibliothèque nationale de France
Conservatrice en Charge de la Photographie Contemporaine

La photographie d’expériences serait une définition de ma pratique. Expériences avec les humains, avec les différences, avec les paysages, les formes et les couleurs. Cette formule légitime aussi une démarche que je souhaite libre, digressive, où regard documentaire coexiste avec quête personnelle.

Le courant des New Topographics inspire certains de mes travaux (Country Limit, Las Vegas Topographics), illustrant le fragile équilibre entre civilisation et nature. L’odyssée personnelle se nourrit d’explorations et de temps partagé avec les personnages rencontrés sur mon parcours, lesquels composent la partition de ma propre existence.

Captivé par le mystère américain, par l’impact socioculturel, environnemental et politique des États-Unis sur le monde, fasciné par la glorieuse iconographie du pays, j’ai fait de ce territoire le cœur de mes recherches. Mes récents travaux explorent les États d’Alaska et d’Hawaï, étonnamment peu représentés dans la tradition documentaire américaine.

Je poursuis également un travail sur la ville de Paris de manière irrégulière, inspiré de la Théorie de la Dérive élaborée par Guy Debord. Lawa Liba (L'Esprit du Fleuve) réalisé en 2019, cherche à saisir l'âme de la vallée du Maroni, fleuve frontalier de la Guyane et du Suriname.

A l'étude, un nouveau projet au long cours sur la mer Méditerranée.

J’interviens également pour des ateliers et participe à des jurys d’écoles, tout en répondant à des commandes de presse et des projets de communication.

Ronan Guillou

Photographies ©Ronan Guillou